Le racisme
Je me dois de prendre une pause dans la description de mon voyage pour passer à un sujet d'actualité.
Je ne sais pas si ce sont les quelques cours de terminologie que j'ai suivis à l'université ou simplement ma passion bien connue pour la langue, mais en ce début de 2007, l'emploi de certains termes me fait friser à un point tel que même le meilleur fer plat ne peut plus rien faire.
Il y a quelques jours, le Journal de Montréal (aussi connu sous le nom de Le propagandier de Québecor ou Allô police bis) nous a fait cadeau d'une de ses grandes enquêtes très approfondies et réfléchies : sommes-nous racistes? Ainsi, pouvait-on lire en page frontispice que "54 % des Québécois se disent racistes". Là, ça commence à bien faire...
Commençons par rétablir certains faits. Qu'est-ce que le racisme? Selon Le Petit Bob (ou Le Petit Robert si vous préférez, mais lui et moi avons tellement passé de temps ensemble ces dernières années que nous sommes devenus intimes, dans les limites de la convenance et de la bienséance il va sans dire) : "1. Théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. Ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s'accordent avec cette théorie. 2. (Abusivement) Hostilité systématique contre un groupe social." Bon, une bonne chose de faite.
Quel est l'autre terme qu'on entend ad nauseam depuis le début de l'année? Accommodement raisonnable. La première chose qui me frappe relève du domaine linguistique. J'ai de la difficulté à comprendre comment on peut associer ce terme, composé de deux unités à caractère tellement pacifique (on "accommode" dans les limites de la "raison") à un terme comme "racisme" qui, comme on vient de le voir, n'a rien de pacifique.
Il me semble y avoir une différence assez évidente entre le désir d'un genre d'égalité ou d'équité et le racisme. Toute personne qui a déjà voyagé ou qui a une sensibilité aux autres cultures sait que la meilleure façon de s'intégrer à une société consiste non pas à en adopter toutes les traditions, croyances et habitudes aveuglement mais à essayer de les comprendre et de les respecter.
Ce grand titre est donc mensonger, et très pervers. Oui, il existe des tensions entre certaines communautés religieuses et certains groupes ethniques mais, aux dernières nouvelles, on n'en est pas rendus à s'entre-tuer et à vouloir éliminer une race. Quand je regarde le conflit israélo-palestinien, je pense que nous sommes bien loin du racisme quand on parle des inégalités entre les blancs et les autochtones, notamment.
Ayant moi-même des amis et des connaissances qui viennent d'un peu partout, je ne me définis certainement pas comme un raciste, tout comme la vaste majorité des Québécois qui ont participé à ce sondage tendancieux, dont le principal objectif est manifestement d'occuper une période creuse de l'année avec un titre ultra sensationnaliste.