Dans un régime comme le nôtre qu'on dit démocratique, on dit souvent que "c'est la majorité qui l'emporte". C'est en effet ce qui semble le plus "juste" ou "équitable" dans une société le moindrement évoluée. Ça ne signifie pourtant pas que la minorité ne se fait pas entendre. En fait, est-ce à cause de la couverture médiatique ou d'un autre facteur, c'est cette minorité qui jappe le plus fort.
Et on vient d'avoir un exemple on ne peut plus probant de ce phénomène, avec le débat entourant la tenue du Red Bull Crashed Ice l'an prochain à Québec (ce qui serait, si je ne m'abuse, la 3e année consécutive). Un peu de contexte, pour ceux qui ne connaîtraient pas le dossier...
Cet événement est une course de "patinage extrême", sur une piste glacée en pente avec des sauts. À Québec, la piste est installée dans la Côte de la Montagne, en plein coeur du Vieux-Québec. La plainte est à l'effet que la vingtaine de résidents qui habitent cette côte se disent incommodés par la tenue de l'événement. Les rampes sont installées quelques jours avant l'événement, pour un total d'environ une semaine. Précisons que les organisateurs de l'événement font des efforts considérables pour accommoder les résidents dans leurs déplacements.
C'est un événement très couru par la population de Québec, mais, surtout, qui jouit d'une forte visibilité médiatique à l'échelle internationale. Les retombées en argent, de l'avis de presque tout le monde, sont très élevées pour un événement si bref.
Voilà donc que ce petit groupe de résidents insatisfaits mettent en péril la tenue de cet événement annuel pour le moins unique, à coup de plaintes et de menaces de poursuites. Pour des raisons évidentes, les organisateurs de l'événement grincent des dents. Ils souhaitent que l'événement ait lieu dans une ville où les gens sauront l'apprécier, à juste titre.
La technologie étant ce qu'elle est, une simple pétition lancée sur Facebook a permis d'amasser plus de 21 000 signatures en faveur du retour de la course l'hiver prochain, et ce, en l'espace de quelques jours. C'est cette pétition, ainsi qu'une seconde pétition d'appui lancée par l'Association des gens d'affaires de Place Royale, qui a été déposée hier au Conseil municipal de Québec. Notre très-peu-conformiste maire a d'emblée lancé qu'il participerait au mouvement populaire, voulant que le plus de gens possible aient acheter des produits RedBull à une date précise. Mouvement douteux de la part d'un élu, certes, mais qui trahit une exaspération certaine. La course reviendra-t-elle? Je le crois, et j'espère sincèrement que oui.
En cette période de crise économique planétaire, je m'explique mal qu'un groupe de citoyens apparemment frustrés tente de faire dérailler un événement créateur de richesse. Des inconvénients, je ne doute pas un instant qu'ils en aient pendant cette courte période. Mais ça dure seulement une semaine, et quand on choisit de vivre dans le quartier le plus achalandé de la ville, je pense qu'on accepte implicitement ce genre de situations.
Un peu comme les citoyens qui, l'été dernier, se plaignaient du Moulin à images, événement qui a fait la manchette aux quatre coins de la planète par son caractère unique et inventif issu du génie créatif de Robert Lepage, c'est à se demander comment des personnes peuvent manquer de vision à ce point.
Pour que Québec continue à évoluer et poursuive sur cette belle lancée qu'a été Québec 2008, il est temps que ses citoyens commencent à regarder plus loin que le bout de leur nez.